La Diosa

Escribí la primera versión en francés. Este texto fue hecho en el taller de escritura de Isabelle Carré.
El tema de la presentación final era sobre la mirada.
Muchas gracias a mi profesora y compañeros por toda su ayuda.

Versión en español

Una gigantesca andesita se transforma a golpes de cincel y martillo.


Toma forma de mujer, pero en vez de una cabeza, dos serpientes emergen de su cuerpo decapitado y se colocan cara a cara, unidas a perpetuidad; serpientes germinan de las muñecas y reemplazan las manos amputadas; porta una falda de serpientes de cascabel amarradas con un cinturón de serpiente; su piel gris se cubre de rojo hematita y amarillo sochipal.


Es Coatlicue, madre de los dioses y los astros, símbolo de vida y muerte. Los niños le dan su sangre, los sacerdotes le ofrendan cuerpos de mujeres degolladas, los habitantes de Tenochtitlán la veneran.


Mas su gloria no está hecha para durar.


Desde la llegada de los extranjeros envueltos en metal, la capital azteca está maldita. El Huey Tlatoani ha muerto, los cadáveres se amontonan en las calles, cubiertos de esas pústulas misteriosas que aparecieron hace algunos meses, y los enemigos bloquean las salidas.


Hombres portando una cruz la examinan silenciosamente: ya no es una diosa, es un ídolo, y su presencia amenaza al Dios venido del otro lado del océano.


Ella permanece impasible.


Se ordena su destrucción.


No está sola; los pocos sobrevivientes del apocalipsis se rehúsan a ejecutarla a pesar de los peligros, y la entierran.


Invisible, no puede más que percibir los movimientos de la superficie, la creación de una nueva ciudad sobre las ruinas de la suya. Los días, los meses, los años, los siglos pasan, y la diosa pierde sus vivos colores, regresa al gris andesita de su infancia, sin que nadie pueda ser testigo de su transformación.


Hasta el día en que, milagrosamente, los rayos del sol coronan de nuevo sus cabezas de serpiente.


Es examinada, diseccionada, inventariada.


Sin embargo, el tiempo no puede aniquilar el amor de los hombres por esta terrorífica madre, ni los celos del Dios en cruz que la exilia de nuevo a su tumba subterránea.


Por segunda vez ve la luz del día después de un sueño más corto. Recubren sus formas pesadillezcas con una pasta blancuzca que busca capturar todos sus detalles. Este molde atravesará el océano, será juzgado por ojos que nunca han conocido el valle de su infancia, ojos habituados a las formas delicadas de las diosas de mármol, ojos que huyen de las serpientes.


Ella, madre de las estrellas, regresa a su prisión de polvo.


Al fin, por tercera vez reaparece, por segunda vez se recubre de la pasta blancuzca, y por primera vez después de siglos, queda expuesta a la vista de todos.


Es un nuevo país, ya no es reina, ya no es enemiga. Es… ¿qué? ¿Recuerdo de un pasado perdido? ¿Orgullo de una joven nación? ¿Curiosidad anacrónica?


Hoy, es una pieza de museo.


Los profesores escriben largos artículos, artículos sobre su leyenda, su culto, sus tintes desaparecidos. Los turistas la visitan, la critican, la admiran, se quedan mucho tiempo, se van rápidamente. Las cámaras se vuelven cada vez más pequeñas, se multiplican, se aplanan.


La veo.


Noto su talla colosal. Una luz artificial la ilumina, como un halo que trata de revelar su divinidad. Es bella, con sus miles de detalles que la recubren, cada milímetro de piedra trabajado.


Su piel gris me recuerda a las piedras volcánicas que abundan en el pueblo de mi abuelo, las piedras que se desentierran para cultivar la tierra, que se utilizan para construir los muros de las casas, ese gris vivo, refrescante.


Amo su furor, sus miembros serpentinos, el cráneo y los ojos que intercambian mi mirada, su collar de corazones sacrificados. No es una madre dulce, es una impetuosa progenitora lista para el combate.


Detesto la tensión antes de la explosión de la bomba, los eufemismos que embellecen el horror, la hipocresía de mis afables palabras que esconden mi cólera.


Pero ella, ella es poderosa, feroz, aplastante. Me aplasta con el peso de su historia, con su forma alucinante, perfecta, con mis propios recuerdos, miedos y deseos que ella refleja. Sí, me aplasta, me obsesiona, me mueve, me llena de felicidad, tristeza, orgullo, furia, curiosidad, todo al mismo tiempo.


Quiero que la vean. Necesito que la vean, que alguien me entienda, que me digan que no estoy loca, que esconde algo, para entender porqué esta roca tiene ese poder sobre mí.


Y ella, ella se mantiene impasible.

Irune Ordax

Versión en francés

La déesse


Une gigantesque andésite se métamorphose à coups de ciseau et marteau.


Elle prend forme de femme, mais au lieu d’une tête, deux serpents émergent du corps décapité et se font face, unies à perpétuité ; des serpents germent des poignets et remplacent les mains amputées ; elle est revêtue d’une jupe de serpents à sonnettes, liées par une ceinture de serpent ; sa peau grise se recouvre de rouge hématite et le jaune des cosmos.


C’est Coatlicue, mère des dieux et des astres, symbole de vie et de mort. Les enfants donnent leur sang, les prêtres lui dédient les corps des femmes égorgées, les habitants de Tenochtitlan la vénèrent.


Seulement, sa gloire n’est pas faite pour durer.


Depuis l’arrivée des étrangers recouverts en métal, la capitale aztèque est maudite. Le Huey Tlatoani est mort, les cadavres s’empilent dans les rues, recouverts de ces mystérieuses pustules apparues il y a quelques mois, et les ennemies bloquent les sorties.


Des hommes portant une croix l’examinent silencieusement : elle n’est plus une déesse, elle est un idole, et sa présence est une menace pour ce Dieu venu de l’autre côté de l’océan.


Elle reste impassible.


On ordonne sa destruction.


Elle n’est pas seule ; les quelques survivants de l’apocalypse refusent de l’exécuter, en dépit des dangers, et l’enterrent.


Invisible, elle ne peut que ressentir les mouvements de la surface, la création d’une nouvelle ville sur les ruines de la sienne. Les jours, les mois, les années, les siècles s’écoulent, et la déesse perd ses riches couleurs, elle revient au gris andésite de son enfance, sans que personne ne puisse témoigner de cette transformation.


Jusqu’au jour où, par miracle, les rayons du soleil couronnent à nouveau ses têtes de serpent.


Elle est scrutée, disséquée, inventoriée.


Pourtant le temps ne peut anéantir l’amour des hommes pour cette mère terrible, ni la jalousie de ce Dieu en croix qui l’exile à nouveau dans un tombeau souterrain.


Une deuxième fois elle voit le jour après un sommeil plus court. On recouvre ses formes cauchemardesques d’une pâte blanchâtre qui cherche à capturer tous les détails. Ce moule traversera l’océan, sera jugée par des yeux qui n’ont jamais connu la vallée qui lui a donné naissance, des yeux habitués aux formes délicates des déesses en marbre, des yeux qui fuient les serpents.


Elle, mère des étoiles, revient à sa prison de poussière.


Enfin, une troisième fois elle réapparaît, une deuxième fois elle est recouverte de cette pâte blanchâtre, et pour la première fois après des siècles, elle reste exposée à la vue de tous.


C’est un nouveau pays, elle ne règne plus, elle n’est plus ennemie. Elle est… quoi ? Souvenir d’un passé ravagé ? Fierté d’une jeune nation ? Curiosité anachronique ?


Aujourd’hui, elle est une pièce de musée.


Des professeurs écrivent de longs articles, articles sur sa légende, sur son culte, sur ses teintures disparues. Les touristes visitent, la critiquent, l’admirent, y restent longtemps, y passent rapidement. Les appareils photos deviennent de plus en plus petits, se multiplient, s’aplatissent.


Je la vois.


Je remarque d’abord sa taille colossale. Une lumière artificielle l’illumine, comme un halo qui tente de révéler sa divinité. Elle est belle, avec ses milliers de détails qui la recouvrent, chaque millimètre de pierre travaillé.


Son teint gris me rappelle les pierres volcaniques qui abondent chez mon grand-père, les pierres qu’on déterre pour cultiver la terre, qu’on utilise après pour construire les murs des maisons, ce gris vivant, rafraîchissant.


J’aime sa fureur, ses membres de serpents, le crâne et les yeux qui échangent mon regard, son collier de cœurs sacrifiés. Elle n’est pas une mère douce, elle est une impétueuse génitrice prête au combat.


Je déteste la tension avant l’explosion de la bombe, les euphémismes qui embellissent l’horreur, l’hypocrisie de mes mots doux qui masquent ma colère.


Mais elle, elle est puissante, féroce, écrasante. Elle m’écrase avec le poids de son histoire, avec sa forme hallucinante, parfaite, avec mes propres souvenirs, peurs et désirs qu’elle reflète. Oui, elle m’écrase, elle m’obsède, elle m’émeut, me remplit de joie, tristesse, fierté, rage, curiosité, tout à la fois.


Je veux qu’on la regarde. J’ai besoin qu’on la regarde, que quelqu’un me comprenne, qu’on me dise que je ne suis pas folle, qu’elle cache quelque chose, pour comprendre pourquoi ce rocher a ce pouvoir sur moi.


Et elle, elle reste impassible.

Irune Ordax 




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